Voyage du prince noir des Pyrénées

Les magdaléniens l’auraient peint dans la grotte de Niaux il y a treize mille ans ; Jules César l’aurait mentionné dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules ; la princesse cathare Esclarmonde de Foix aurait gravi le pog de Montségur sur son dos ; Napoléon Ier les aurait réquisitionnés durant la campagne de Russie pour tirer les canons. Rustique, endurant, franc à la tâche et au pied sûr, le cheval de Mérens traverse l’Histoire.

La motorisation des transports et de l'agriculture menace pourtant la race d’extinction : en 1970, on recense une quarantaine de méringais dans le stud-book de la race. À cette même époque, des populations « marginales » s'installent en plein mouvement hippie dans les petits villages de l'Ariège et relancent l’élevage du cheval de Mérens ; de son côté, Lucien Lafont de Sentenac en fait un cheval de loisir. Ces initiatives permettent la sauvegarde de la race.

Début juin, de longues colonnes noires gravissent les montagnes d’Ariège. Ces troupeaux de méringais rejoignent leur estive à 1500 mètres d’altitude, dans les Pyrénées ariégeoises. La transhumance semble copier les mouvements migratoires d’herbivores sauvages dans les temps préhistoriques : en se déplaçant, les animaux dispersent graines et propagules, et participent à la préservation de l’espace naturel et au maintien de la biodiversité.

D'une certaine façon, cheval de Mérens et transhumance partagent un même destin, séculaire et moderne.