Citadelles parfaites

Châteaux cathares. À eux seuls, ces deux mots mettent en branle notre imaginaire, « citadelles du vertige », telles Montségur, Peyrepertuse ou Quéribus, érigées sur les contreforts pyrénéens. On se prend à rêver de royaumes, de croisades et de trésors.

Mais l’expression est impropre. Ces forteresses royales ont été édifiées sur les terres mêmes où le catharisme occitan prend racine, résiste, et s’éteint, méthodiquement réprimé par les polices religieuses de l’Inquisition. Les véritables « châteaux cathares » sont des villages fortifiés (castra) ou des petits châteaux ignorés des grands circuits touristiques, tel celui de Niort-de-Sault. Peu sont arrivés jusqu’à nous.

1229, la croisade contre les Albigeois prend fin. Les castra de Montségur et Quéribus sont les derniers noyaux de la résistance cathare. Le premier tombe en 1244. Le second en 1255. Le roi de France érige sur plusieurs hauts lieux cathares une ligne de forteresses pour défendre sa frontière méridionale contre l’Aragon, jusqu’au traité des Pyrénées en 1659, qui la place plus au sud. Dès lors, ces châteaux perdent leur fonction et se délabrent, abandonnés ou pillés, jusqu’à la restauration de quelques-uns ces dernières années : Peyrepertuse en est l’exemple vibrant avec cent mille visiteurs chaque année.

Ironie de l’histoire — ou exploitation du phénomène cathare —, ces forteresses construites par le roi de France, qui aide à éradiquer le catharisme en Occitanie, en deviennent aujourd’hui le symbole. Destin de l'Église cathare et conquête territoriale du royaume de France s’entremêlent sur une même terre.

Voici un double hommage, d’une part au catharisme occitan, à cette Église de parfaits et de parfaites, Église sans croix, humaine et non-violente, matée par l'Église romaine, et d’autre part au génie des architectes royaux qui, même s’ils n’ont pas bâti de châteaux cathares, ont réussi à fixer sur ces pitons rocheux des forteresses qui défient l’imaginaire.